Les engrais verts en viticulture

La culture d'engrais vert est une pratique ancestrale et bien connue de tous. Elle est utilisée dans de nombreux systèmes de culture.

Qu'est-ce que c'est ? Un engrais vert est une plante semée par un agriculteur afin d'améliorer les caractéristiques du sol et de le protéger, mais pas dans une fin de récolte.


A - Pourquoi un engrais vert ?

L'action mécanique des racines de l'engrais vert permet le décompactage biologique et l'ameublissement du sol de l'inter)rang sur une certaine profondeur (jusqu'à 1,5 mètre de profondeur). La pénétration de l'eau et de l'air est améliorée. Les exudats racinaires ainsi que les microorganisme de la rhizosphère contribuent à une stabilité plus importante des particules de terre. A noter aussi le pouvoir agrégeant des substances pré)humides libérées lors de la décomposition de l'engrais vert.

Fertilité minérale

Certaine engrais verts utilisent les minéraux sous forme insolubles alors qu'ils sont inutilisables tel quel par la vigne. c'est la cas par exemple des Crucifères avec la Potasse. Lors de la destruction de l'engrais vert, ces éléments accumulés dans la plante sont ainsi restitués à la vigne sous forme assimilable. Cela peut représenter des quantités non négligeables (racines + parties aériennes). Les éléments ainsi stockés, durant l'hiver notamment, ne sont pas lessivés par les pluie et seront restitués ultérieurement lorsque la vigne en végétation sera susceptible de les utiliser.

Les légumineuse (vesce, trèfle, luzerne, féverole, ...) peuvent enrichir le sol en azote (fixation symbiotique de l'azote atmosphérique) si le temps de culture est suffisant pour leurs permettre de fixer les nodules fixateurs (environ 50 jours).

Les quantités de minéraux mises en jeu sont variables selon les espèces implantés, le type de sol, la climatologie.

Activité biologique et matière organique

Pendant leur développement et après enfouissement, les engrais vert stimulent l'activité biologique du sol. Cette stimulation est en générale rapide et intense en raison de la fermentescibilité importante de ces végétaux. La formation de composés pré-humiques et humiques est faible mais elle dépend fortement du type d'engrais vert et de son âge lors de la destruction. 

L'humus formé est jeune et très actif. Les quantités d'humus ainsi formées permettent d'entretenir le taux de matière organique du sol, mais sont souvent insuffisante pour le faire remonter.

Erosion et ruissellement

Outre leur rôle fertilisant, les engrais verts , tout comme couvert végétal, ont une action mécanique pour diminuer le ruissellement et lutter contre l'érosion. Ceci est particulièrement évident pur les inter-rangs en période hivernale, lorsque la vigne est au repos et pour les parcelles en attente de plantation.

En corollaire à cette action de limitation du ruissellement, l'engrais vert va empêcher le lessivage des produits de traitements (notamment cupriques)à condition toutefois que l'engrais vert soit toujours en place lors des traitements. Ces substances sont fixées et absorbées par l'engrais vert et restituer à la destruction. Le lessivage est donc fortement diminué.

Maîtrise des adventices

Certaines espèces couvrantes et/ou à croissante rapide ont une action efficace (vesce, ray-grass, radis fourrager) à très efficace (sarrasin) pour diminuer voir empêcher le développement des plantes adventices.

En revanche, le couvert puise de l'eau pour sa croissance. Attention aux zones sèches et lors de période de fortes croissance de la vigne à détruire l'engrais vert avant qu'il ne concurrence la vigne sur le plan hydrique.



B - Les espèces régulièrement utilisées

La végétation en place

La végétation spontanée présente sur la parcelle peut jouer le rôle d'un engrais vert. Selon l'objectif recherché par le vigneron, elle peut être suffisante. Des plantes comme la ravenelle ou la fausse roquette, de la famille des Crucifères, pourront avoir le même effet qu'un semis de moutarde blanche par exemple. Un couvert assez homogène de graminées spontanées tel que la ray-grass ou le pâturin se comportera comme les espèces de la même famille.

Les mélanges d'engrais verts

Certaines auteurs (comme J. Pousset) classent les familles d'engrais verts selon leur aptitude à fournir du carbone (lent ou rapide) et de l'azote. Le carbone lent correspond aux matières riches en celluloses et lignine (exemple la paille). Le carbone rapide est associé aux sucres, facilement dégradables.

Le fonctionnement microbien est stimulé lors de la restitution d'un engrais vert au sol. Les microorganismes ont alors besoin d'un rapport équilibré entre l'azote et les deux types de carbone.

Lorsqu'une céréale à paille est enfouie, les microorganismes ont parfois du mal à dégrader la cellulose et la lignine et prélèvent donc l'azote présent dans le sol pour y arriver, en privant ainsi la culture : c'est la "faim d'azote" qui se traduit par un appauvrissement en cet élément. En viticulture, ce peut être préjudiciable principalement lorsque les réserves azotées du sol sont faibles. 

Il apparait donc comme souhaitable de mélanger les feuilles d'engrais verts : les céréales fournissent le carbone lent (cellulose et lignine), les Graminées prairiales et les Crucifères apportent le carbone rapide (les sucres) et les légumineuses apportent l'azote.


Diverses associations sont possibles en fonction du sol et du climat :

Trèfle violet / ray-grass d'Italie

seigle / vesce

seigle / navette fourragère

moutarde blanche / vesce

...

Les dosages sont variables selon les utilisations et devront être choisis en fonction des caractéristiques re cherchées. 

Certains semenciers proposent des mélanges : 

Trèfle incarnat / Ray-grass d'Italie > 10 et 15 kg/ha

Sarrasin / Moutarde blanche > 20 et 8 kg/ha

Vesce / Ray-grass d'Italie > 60 et 10 kg/ha

Vesce / Radis fourrager > 60 et 10 kg/ha

Seigle / Vesce > 30 à 35 kg/ha

Attention : 1 ha de vigne = 50 à 75 ares d'engrais verts semés 

Les fournisseurs de semences

La culture d'engrais verts en viticulture est assez peu pratiquée, pour se procurer des semences, il faut se rapprocher des distributeurs en relation avec les zones céréalières ou maraichères.

C - Les techniques culturales

Préparation du sol et semis

Sur la vigne en place, le choix des espèces de la possibilité de semer de mi-août à mi-octobre, voir fin octobre certaines années dans le sud de la France. L'intérêt est de profiter des températures encore clémentes et des pluies de fin d'été et d'automne pour que le couvert soit mis en place rapidement.

Sur les parcelles non cultivées, le choix est plus large, mais il faut tenir compte des objectifs souhaités  (lutte contre l'érosion, amélioration de la fertilité, décompactage, ...). 

Le sol doit être suffisamment émietté pour permettre une bonne levée. Sur vigne en place, une passage de houe rotative ou un à deux passages de vibroculteur peut suffire. Sur les parcelles non cultivées, un ou deux passage de disques ou de canadienne sont requis.

Le semis proprement dit se fait soit à la volée avec un épandeur d'engrais, mais sur vigne en place il y a risque d'envahissement du rang, soit à l'aide d'un semoir à céréales ou interligne. Le roulage est conseillé dans tous les cas. A défaut un griffonage, très superficiel convient.

Fertilisation

En règle principale, aucune fumure n'est à prévoir, l'apport de fertilisants ayant tendance à favoriser le développement des parties végétatives au détriment des racines. Les Crucifères semées seules peuvent avoir besoin d'azote si elles sont semées tardivement.

Destruction du couvert

Le brayage ou le fauchage permettent de détruire les parties aérienne et de les faire sécher. 

Le fauchage est intéressant lorsque la végétation est peu développée ou que l'on laisse la laisser sur le sol pour servir de mulch. Le Fauchage n'est possible que sur les parcelles non cultivées.

Le broyage est utile si la végétation est importante et/ou si l'incorporation au sol et la décomposition doivent se faire rapidement (ex : semis hivernal avant plantation).

En viticulture, afin d'éviter une minéralisation rapide ou au contraire une "faim" d'azote, le mulchage apparait contre un compromis intéressant qui évitera les à coups au niveau du sol et de la vigne.

Matériel : faucheuses à sections ou rotatives, gyrobroyeur à axe vertical, broyeur à couteau et à axe horizontal. Les matériels déportés sont préférables car la végétation n'est pas couché par les roues du tracteur.

L'enfouissement est facultatif, il dépend de l'objectif recherché. Par exemple si l'objectif principal est la lutte contre l'érosion, l'engrais vert sera laissé sur le sol en tant que mulch. Dans tous les cas, on étend jamais un engrais vert sur un sol humide. Lorsque l'incorporation se fait & à 2 jours après broyage, la décomposition est rapide et la minéralisation importante. Des zones d'asphyxie peuvent se former si le volume de végétation est trop important. Cette fertilisation est rarement un objectif en viticulture, c'est plutôt ce que l'on cherche à éviter.

La végétation peut être aussi laisser de 30 à 60 jours sur le sol pour sécher avant l'enfouissement. La décision se fait en fonction de l'état d'humidité.

Matériel : l'enfouissement se fait avec un outils à dents ou à disques, superficiellement. un à deux passages sont nécessaires selon les espèces.

Les engrais verts repoussent facilement, les parties vertes néofermées constituant des réserves. Certaines espèces peuvent devenir gênantes : navette fourragère, radis fourrager, seigle, ray-grass italien, sarrasin,...

Quelques données économiques d'un exemple d'itinéraire technique :

Semences : de 8 à 130 ha

Préparation du sol : temps passé 1h30

Semis : temps passé 2h

Roulage : temps passé 0 à 1h

Gyrobroyage : temps passé 2h

Enfouissement : tempspassé 0 à 2h

Total de temps passé : de 5h30 à 8h30

Coût Total : de 90 € à 260 €


Sources :

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Chambre d’Agriculture Rhône-Alpes, 1993 -Interculture – Pièges à nitrates.

Chambre d’Agriculture de Picardie, mai 1998 – Rôle des cultures intermédiaires dans la gestion de l’azote. p 13-16.

Collection 2000 d’engrais verts au champ – “Ferti 66” – SICA Centrex, 2001.

COURTADE Nadine et LIZOT Jean-François, 1995 - Intérêts agronomiques des engrais verts – Alter-Agri n°14. p.21-27.

DELAYE Fanny, 2000 - Etude d’une méthode de gestion de l’interculture : les cultures intermédiaires pièges à nitrates (rapport de stage). p 7-24.

FENEON F., SIRI F., 2000 - Préserver la fer- tilité des sols en Val de Durance - Chambre d’Agriculture des Bouches-du- Rhône. p13-14.

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LEBRUN Arnaud, sept 95 - Le choix des couverts implantés à l’automne – La France Agricole, p 49-52.

PETIT Jean-Luc, 1995 – Semer votre engrais vert : le choix des espèces – Alter- Agri n°15. p 14-19.

POUSSET Joseph, 2000 - Engrais verts et fertilité des sols – Editions Agridécisions.

ROUSSEAU Jacques, 1996 – Les engrais verts – CIVAM BIO LR.

TILLARD Sylvie, Avril 2003 – Les avan- tages des cultures de régénération - Réussir Vigne n° 86, p30-32.

VANTALON Corinne, Novembre 2000 - Les engrais verts en culture légumière (Synthèse bibliographique) - APREL.






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